Lyrics
Elles ont grandi sans dire je suis
Dans des familles recomposées
Où l’homme porte le présent le nom
La femme porte le conditionnel
L’homme porte le futur
La femme le subjonctif recomposé
D’un futur pas si simple
Le patois dans les familles
Peut dire je suis ou je ne suis pas
Je ne suis qu’un vague souvenir
Ou je suis une persistance
Le patois affirme la présence
Ou bien il l’efface
J’efface
Qui tu es
Je chanterais ben
Mais je peux poin
Je couserais ben
Mais je savons poin
Mais j’men va ben
J’va faire l’café
L’ordre dans la mémoire des mots
C’est dire je quand l’autre dit va
C’est faire quand l’autre attend
C’est être une passivité ignorante
Et soumise
Je porte mon prénom quand on m’appelle
Je porte mon corps quand il est allongé
Je porte des réveils quand les autres s’endorment
Et je suis la présence qui nourrit
Je suis j’ai existé
L’ignorante c’est cette femme du passé
Qui parle une langue bancale
Avec des mots qui n’appartiennent plus
À l’idée que l’on se fait du monde aujourd’hui
Des mots de femmes qui pourtant ont été mères
Et qui éduquaient leurs enfants
Dans un langage soumis
À l’autre qui dit va comme une guerre
Ces femmes dont le patois a usé les mains
Ce sont nos grand-mères
Celles qui ont vécu la guerre
Je porte mon prénom quand on me sonne
Je porte mon corps quand il est debout
Je porte des réveils quand les autres tombent
Et je suis la présence qui nourrit
Je suis j’ai existé
Réveiller le courage de ces femmes
C’est battre leurs incertitudes en retraite
Et faire d’elles des êtres au féminin
Quand la France s’est souvenue
Que ces femmes-là avaient existé
Le pays leur a demandé de nourrir la France
Comme on fusionne avec une nation
Elles ont été les mères et les ouvrières
Elles sont devenues porteuses de drapeaux
Et dans l’étymologie d’être je suis
Elles sont devenues l’autre moitié de l’homme
La mère qui est avec le père
L’autre pilier de la famille
Je porte mon prénom quand on m’accueille
Je porte mon corps quand il est assis
Je porte des réveils quand les autres discutent
Et je suis la présence qui sourit
Je suis j’ai existé
Le bon père de famille du Code civil
Est devenu une femme en devenir
Qui nourrit et qui parle aux autres
En disant je ne suis plus ce que j’étais
Car la guerre est passée par moi
Je suis devenue ce que je devais être
Aujourd’hui je ne respire plus dans l’expiration de l’homme
Je respire dans le souffle d’aimer
Je respire dans le souffle d’être maman
Celle qu’on appelle au secours
J’inspire des mondes et des civilisations
J’expire des souffles qui traversent le temps
Je donne plus que je ne reçois
Parce que l’intelligence est un soleil
Je porte mon prénom comme un astre
Je porte mon corps qui a vécu
Je porte des réveils bercés de rêves
Et je suis la présence qui nourrit
Je suis j’ai existé
De nos grand-mères à nous femmes d’aujourd’hui
Il y a des conquêtes aux guerres silencieuses
Qui nous ont été transmises chez nous
Notre monument à toutes c’est d’être femmes
Dans un monde où regarder demain
Se fait dans les yeux des petites filles
Je porte mon prénom comme on porte l’avenir
Je porte mon corps comme un enfant fragile
Je porte des réveils comme un espoir certain
Et je suis la présence qui nourrit
Je suis j’ai existé
Je chanterais ben
Mais qu’est-ce qui m’en empêche
Je couserais ben
Il me suffit d’apprendre
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